Il est une règle dans la vie : ne jamais oublier d’où l’on vient.
Le 9 mai 1950, une rupture stratégique majeure a été proposée par le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, Robert Schuman.
Mettre en commun ce pour quoi les Européens se disputaient encore après deux guerres fratricides qui avaient mis le feu à la planète, était un geste insensé. Il a rencontré l’adhésion populaire parce que c’était l’assurance d’une paix durable et de la reconstruction d’un continent dévasté. Alors les regards, pleins d’espoir, se tournèrent vers l’avenir.
Sommes-nous encore capables d’un tel enthousiasme ? Rien n’est moins sûr.
76 années de construction européenne ont transformé le projet initial en liens indissociables, en intérêts croisés, mais aussi en évidence routinière.
Si, face à un environnement plus hostile et plus dur, les peuples adhèrent encore à la nécessité de s’unir, le sentiment général pointe du doigt une Union européenne inachevée qui laisse beaucoup insatisfaits.
L’habitude est passée par là, fabrique de normes et de règles, de politiques complexes et de décisions lointaines. La bureaucratie s’est infiltrée dans les espaces que lui offre la démocratie, l’agilité s’est effacée au profit de processus compliqués, la rapidité d’exécution, gage d’efficacité, s’est amoindrie.
Et pourtant aucune des nations européennes ne s’imagine aujourd’hui seule devant les défis d’un bouleversement qui n’est pas une crise de plus mais bien un changement profond du monde. En auraient-elles la volonté qu’elles ne le pourraient plus.
L’histoire de l’Europe nous enseigne que seuls le courage et la volonté d’imaginer l’avenir peuvent lui garantir un futur radieux.
Le projet que nous devons aux Pères de l’Europe mérite de nouveau une rupture et un nouvel élan, des « enfants » dignes de leurs prédécesseurs.
Nous n’avons rien à renier de son passé : il a réintroduit les Européens dans l’histoire, leur apportant la prospérité et la stabilité.
Nous n’avons pas à rougir de son état présent : notre continent est l’un des plus enviés pour sa richesse, ses libertés, son Etat de droit, magnifiant ainsi son exceptionnel héritage historique et culturel.
Mais il a désormais besoin d’un sursaut pour retrouver la ferveur de ses débuts et confirmer la crédibilité de ses succès.
Des réalisations concrètes visibles de ses citoyens, aptes à garantir sa survie face aux rivaux et ennemis, sont indispensables à ce renouveau. Le diagnostic semble partagé, celui des nombreux rapports et des multiples propositions qui sont sur la table ; la conscience de l’urgence d’agir est là. Il reste à les mettre en oeuvre et pour cela à se hisser au-dessus des intérêts du moment, le meilleur moyen de bien préparer l’avenir.