Alors que les présidents chinois et américain tentent de réguler leur compétition, les Européens craignent de faire les frais de cette paix armée.
Dirigée d’une main de fer par un parti communiste auquel tous les dirigeants – président compris – doivent prêter allégeance, la Chine a décidé de redevenir la première puissance du monde (d’ici 2049). Elle le fait de manière autoritaire et efficace.
Pour cela elle a développé une stratégie particulièrement prédatrice.
Les entreprises chinoises sont massivement subventionnées (au moins 5 fois plus que chez nous) à plusieurs titres (crédit, impôts, etc.) et ne sont pas soumises aux mêmes exigences de rentabilité. Les autorités les poussent par tous moyens à conquérir des parts de marchés occidentaux, objectif prioritaire dont les conséquences se traduisent par de véritables désastres industriels chez nous.
A son apparent dynamisme elle ajoute en outre nombre d’obstacles au commerce venu de l’extérieur.
Les constructeurs automobiles allemands en sont un exemple. S’ils ont cru longtemps exploiter le marché chinois, leurs technologies et l’électrification forcée des fabricants chinois en font des compétiteurs inégaux sur le marché européen.
La Chine fabrique désormais près de 40% des produits manufacturés mondiaux. Ses exportations vers l’Europe ont augmenté de 40% en 7 ans pendant que nos exportations vers elle diminuaient de 30%. Les citoyens européens ont abusé des produits bon marché, qui soutenaient artificiellement leur pouvoir d’achat et menacent désormais l’économie européenne toute entière. Les « petits colis » ont ainsi causé de gros dégâts.
Le déficit commercial annuel de l’Europe avec la Chine atteint 360 milliards € par an, soit 1 milliard € par jour. Tous les Etats membres affichent un déficit commercial avec elle.
L’industrie européenne paie, en effet, le prix fort face à cette concurrence déloyale et agressive. Elle menacerait un tiers de ses emplois, soit 30 millions !
L’Union européenne tente de réagir et surtout de se doter d’instruments plus efficaces pour stopper cette hémorragie.
La préférence européenne, notamment pour les marchés publics, commence enfin à trouver des adeptes. Un « Accélérateur industriel » est en voie de négociation entre les Etats membres, qui disposent déjà d’un « instrument anti-coercition » qu’ils hésitent encore trop à utiliser par peur des représailles. Une exigence de « Made in Europe » voit timidement le jour. Et l’Union négocie tous azimuts de nouveaux accords commerciaux ailleurs dans le monde mais aussi en Asie. Après le Canada, le Mercosur, le Mexique, l’Australie, l’Inde et l’Indonésie, elle traite avec les Philippines, la Thaïlande et la Malaisie.
Ce sont des avancées importantes.
Elles demeurent pourtant insuffisantes et l’on se prend à espérer que le prochain sommet européen des 15 et 16 octobre adoptera enfin une attitude plus ferme. Il s’agira, en effet, de durcir les mesures antidumping déjà adoptées, d’interdire les « usines tournevis » qui s’installent au sein du marché unique pour vendre des produits chinois, d’augmenter plus rapidement les droits de douane à due concurrence des barrières chinoises à l’entrée des produits européens.
L’urgence est de se protéger d’une prédation délibérée sans se fermer pour autant aux échanges. Puisse l’Europe apprendre plus vite le rapport de force et entamer avec l’Empire du milieu une vraie négociation.