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Agenda

22 novembre 2018

A l'invitation de l'association Decere, Jean-Dominique Giuliani sera à Strasbourg le 22 novembre prochain pour une intervention sur les enjeux des élections européennes de 2019. Il sera notamment question de savoir si réconciliation et solidarité sont encore les valeurs qui inspirent les programmes politiques dans la perspective des élections européennes de mai 2019 alors que monte les populismes et les nationalismes en Europe.

USA-Europe: et maintenant le nucléaire

En annonçant que les Etats-Unis allaient se retirer du Traité sur les armes nucléaires intermédiaires (INF) au motif que la Russie ne le respecte pas, le Président D. Trump accroit la pression sur les Européens.

Ce traité, conclu en 1987, mettait un terme à des fortes tensions, « la crise des euromissiles » et annonçait la fin de la Guerre froide.

Voisins de la Russie, les Européens étaient, et sont toujours les premiers concernés. Les armes nucléaires de portée intermédiaire sont susceptibles d’être utilisées sur un champ de bataille, contrairement aux armes stratégiques, dont la puissance et les cibles entraineraient une destruction mutuelle et sont donc destinées à dissuader tout agresseur, le menaçant de dommages inacceptables. Cette doctrine est donc battue en brèche et laisse les Européens face à leurs dépendances. Or il n’est de meilleur allié que soi-même ou à défaut, ses plus proches partenaires.

En Europe, seuls le Royaume-Uni et la France disposent d’une force de dissuasion. Ils ont ensemble estimé qu’ils n’entrevoyaient pas de situation où les intérêts vitaux de l’un, qui déterminent la mise en oeuvre de la dissuasion, puissent être engagés sans que les intérêts vitaux de l’autre ne le soient. Trois présidents de la République française (Chirac, Sarkozy, Hollande) ont estimé, dans le discours de doctrine (2006, 2008, 2015) qu’ils ont prononcé comme chaque Chef des armées pendant son mandat, qu’ils considéraient que la sécurité de leurs alliés et de l’Europe, faisait partie des intérêts vitaux de la France, appelant d’ailleurs nos partenaires à se concerter. C’est-à-dire que la dissuasion française, qui reste française et le restera, protège aussi l’Europe. N’est-ce alors point le moment d’aller plus loin dans la concertation?

Or les hommes politiques, spécialement en Allemagne, hésitent à le faire, considérant que leurs opinions publiques n’y sont pas prêtes. Mais que diront-elles si  leur pays doit se trouver sans défense ou s’en remettre à d’autres pour sa sécurité, prenant le risque de la soumission à des intérêts qui ne sont pas les leurs? Ont-elles bien conscience qu’il s’agit d’une doctrine dite de non-emploi, garantissant les intérêts fondamentaux par sa seule crédibilité? Le président français, qui devra à son tour, livrer sa vision de la dissuasion voudra-t-il aller plus loin et offrir à nos voisins la perspective d’une vraie protection?

N’est-il pas temps de faire un pas en ce sens, même si tout ne peut pas être mis sur la place publique en cette délicate matière?

Le président américain, en laissant les Européens incertains et livrés à eux-mêmes pour leur sécurité ultime, met l’Europe au pied du mur.

Si elle veut être indépendante dans sa politique étrangère, pour ses politiques économiques, commerciales, sociales, elle doit aussi être crédible pour sa sécurité. Les Européens, à quelques uns d’abord, doivent pouvoir parler de dissuasion.

Cela n’enlève rien à l’alliance avec les Etats-Unis, à l’OTAN et à ses engagements de sécurité collective. Cela seulement les garantit.
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