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L’Europe pourra-t-elle sauver l’Amérique ?

Au XXe siècle, l’Amérique a sauvé l’Europe des dictatures.


Le XXIe siècle verra-t-il l’inverse se produire ?


Les Etats-Unis de Donald Trump s’abandonnent en effet dans un mercantilisme quasi-religieux. Ils sont agressifs sur la scène internationale et visent à la domination. Malgré les déclarations de l’actuelle administration, ils bombardent tout autant et partout au gré de leurs intérêts. En interne, ils renient la pratique de l’équilibre des pouvoirs (checks and balances) qui en avait fait un modèle de démocratie. Leur Congrès et leur Cour suprême sont aux ordres d’un Exécutif erratique qui fraternise avec les pires dictateurs au nom de la virilité de pouvoirs forts qui priment sur les autres.


Ils n’incarnent plus la liberté et le progrès qui ont fait leur succès et ont illuminé le monde. Ils disposent peut-être de la première force militaire mais ils n’attirent plus que par la crainte ce qui est plus grave qu’un simple désamour.


Pourtant existent en leur sein des citoyens qui souhaitent une société démocratique développée, organisée par le droit, digne d’une civilisation avancée qui offre une place centrale à la culture sans laquelle la vie des hommes manquerait du sel indispensable à leur condition. Cette part de l’Amérique peut-elle se réveiller et lui éviter de sombrer dans l’animalité qui ne peut conduire qu’aux conflits les plus dramatiques ?


C’est là que l’Europe lui est indispensable comme elle l’est au monde entier.


On ne cesse, sous influence, que d’évoquer sa faiblesse alors qu’elle n’est souvent que sagesse. Ayant fini par apprendre de son histoire – l’une des plus longues de l’espèce humaine – elle s’est résolue à croire aux vertus du droit, aux exigences de l’égalité, aux institutions qui régulent l’appétit des nations, à la rationalité tellement plus humaine que l’irrationnel, à la paix plutôt qu’aux guerres éternelles.


Ne serait-elle pas une bouée de sauvetage, l’allié improbable pour tous ceux qui cherchent à se libérer des dérives nationalistes, des espoirs révisionnistes et des pulsions expansionnistes ?


Si elle accepte d’être fière de ce qu’elle est, de ce qu’elle a accompli et des messages qu’elle porte, par exemple en régulant avant qu’ils ne nous dévorent les extraordinaires progrès de la science, de l’intelligence artificielle à la biologie, elle apparaîtra très vite comme le havre où le genre humain peut s’abriter des maux qu’il a générés.


L’exemple de son bras de fer avec les géants du numérique en est la parfaite illustration. C’est la raison pour laquelle elle ne peut rien leur céder.


Ce XXIe siècle peut ainsi être l’ère de l’Europe, des Européens qui veulent et proposent de vivre libres, respectés et en paix dans une société d’abord organisée autour de la Personne humaine, au contraire des idéologies, de la force brute et de la déraison. Un exemple pour l’humanité qu’elle peut sauver de ses éternels travers. Et peut-être l’occasion, pour les Américains qui refusent la pente actuelle, de retrouver le lien avec les Européens dont, après tout, ils ne sont qu’une partie des descendants.


Voilà quelques raisons d’espérer…


Bonne année !

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