On savait l’Europe incompatible avec le dictateur russe et le régime du parti communiste chinois. Trump vient de rejoindre le camp « illibéral de ses opposants en neutralisant les fameux contre-pouvoirs américains, longtemps considérés comme des critères démocratiques.
Il se trouve que tous trois ont désormais déclaré la guerre à l’Europe; l’un en tentant d’asservir un voisin qui souhaite la rejoindre; l’autre en affaiblissant son économie, l’inondant de produits subventionnés; le dernier en l’insultant et en la dénigrant comme un concurrent à éliminer.
Pourquoi donc cette coalition d’autocrates déteste-t-elle l’Europe à ce point ?
Vraisemblablement parce qu’elle plaide pour le droit, la coopération pacifique entre les nations, plutôt que la force brute.
Mais aussi parce qu’elle incarne une force morale, celle qui trouve son origine dans la Déclaration des droits de l’Homme de 1789, dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 dans le cadre de l’ONU et dans la Convention européenne pour la sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, avec sa Cour de justice supranationale qui ne tolère aucun manquement aux droits proclamés au point même qu’on la critique pour la large interprétation qu’elle en fait.
Peut-être aussi parce que, forte d’une culture et d’expériences plus que millénaires, elle a choisi la paix entre ses membres, la négociation et le dialogue entre les nations, que cela lui a permis de construire la deuxième économie mondiale et qu’elle est devenue un repère et une force attirante dans le monde contemporain.
Quoiqu’en disent les autocrates et autres dictateurs, avec leur cortège de thuriféraires intéressés, l’Europe a fait échec à l’invasion russe de l’Ukraine qu’elle a aidée plus que quiconque. Elle a empêché une négociation dans son dos qui aurait pu être défavorable à l’Ukraine et elle n’a pas permis que Trump s’empare à la hussarde du Groenland, territoire autonome d’un État membre de l’Union européenne.
La puissance de l’Europe est donc bien plus réelle que ses propres citoyens ne le pensent. Elle n’est certes ni un État ni un empire, n’agit pas comme tel mais elle développe un pouvoir d’influence et d’exemplarité unique. Elle est une puissance économique qui dérange.
Est-il de surcroît nécessaire d’insister pour démontrer combien l’Europe, c’est la stabilité, la permanence dans la durée face aux décisions intempestives des dictateurs?
Ces méthodes ne sont pas celles de la brutalité ou de l’imprévisibilité, de la surprise ou de la trahison, c’est tout le contraire.
L’Europe, ce sont des traités. Ce sont les droits de la personne, axe central de toute organisation sociale, c’est une économie prospère, une société solidaire.
Alors que les démocraties sont devenues minoritaires dans le monde, et que les grands Etats-continents pensent pouvoir le dominer, l’Europe, malgré la taille de sa géographie, rivalise avec les plus grands empires et a déjà démodé celui de la Russie et n’acceptera ni le communisme revisité de la Chine, ni d’être la vassale de son ancien allié.
Il lui faut, bien sûr, renforcer sa crédibilité militaire pour que sa diplomatie soit plus forte et plus démonstrative, mais elle ne choisira jamais l’excès, la force ou la vulgarité pour s’imposer à ses interlocuteurs.
Elle préférera user de son influence et décliner la démonstration pacifique qu’elle a administrée sur un continent longtemps traversé par les conflits, car elle incarne la raison qui doit primer sur les passions.
Certains trouvent cela naïf et inefficace, cela reste pourtant l’honneur des Européens. Edmund Husserl avait écrit en 1937: « L’Europe, s’il faut la faire, c’est pour le monde ». Que n’eut-il été entendu plus tôt?
La coalition des autocrates a beau déclarer la guerre, hybride, verbale ou commerciale a l’Europe d’aujourd’hui, elle reste le dernier obstacle sur leurs visées expansionnistes ou révisionnistes qu’ils croient supérieures et que l’histoire ne manquera pas de condamner.