La décision des autorités américaines d’interdire aux non-Américains l’usage de deux logiciels de la société Anthropic a résonné comme un coup de tonnerre dans l’univers de l’intelligence artificielle.
D’abord parce qu’elle a peu de chances de se trouver appliquée ; ensuite parce qu’elle traduit une profonde méconnaissance de la science et de sa diffusion ; enfin parce qu’elle est totalement inadaptée aux inquiétudes, qui peuvent être légitimes, de voir les immenses capacités nouvelles de calcul et d’agrégation utilisées à des fins criminelles.
Les Etats-Unis ont vertement critiqué l’Europe qui tente de réguler les formidables avancées scientifiques en la matière autour de quelques principes simples à commencer par celui qu’on ne peut pas accepter sur les réseaux ce qu’on interdit dans la vie réelle. Ils sont désormais au pied du mur, obligés d’interdire « pour raisons de sécurité nationale » l’usage d’un logiciel, aux capacités, il est vrai, inédites. Belle leçon !
Les propres auteurs et propriétaires de celui-ci avaient dûment averti et refusé pour cela d’en donner l’usage à l’armée. Ils ont été punis par la même administration, ce qui prouve qu’elle entend se réserver ces avancées scientifiques, pour en faire une arme. Ce ne sera pourtant pas le cas. Aucune coercition n’empêchera la course folle entamée par l’IA, sauf peut-être des raisons éthiques et morales.
N’est-il pas temps d’une concertation internationale au plus haut niveau impliquant tous ceux qui sont ou vont être concernés par cette problématique ?
Quant à elle, l’Union européenne doit s’efforcer d’en tirer les leçons.
Trop de règlementation pourrait entraver la constitution de champions européens dans ce domaine, mais ce n’est pas toujours la règlementation qu’on imagine. Celle qui concerne les principes protégeant la Personne de la marchandisation ou du pillage de son intégrité ne peut être contestée. De plus en plus partagée, y compris ailleurs dans le monde, elle doit être préservée et protégée.
En revanche les multiples obligations administratives qui empêchent les start-ups de prendre leur risque et de trouver les moyens financiers de décoller, doivent faire l’objet d’une chasse systématique dans les Etats membres comme au niveau européen.
Le retard européen en matière d’innovations n’est pas un retard scientifique ou technique, c’est celui d’une société qui cherche à minimiser à tout prix les risques et qui donc n’est pas en mesure d’offrir les ressources financières au développement de nouvelles technologies, que la bourse américaine met à disposition de ceux qui osent, quitte à perdre.
Elon Musk vient d’en profiter en levant 75 milliards $ à la bourse de New York en promettant Mars et la Lune !
Sans aller jusque-là, les Européens doivent évidemment et plus que jamais accélérer leur soutien à l’innovation. Ils ont encore des efforts à faire : l’intelligence artificielle au prix du risque ; l’intelligence du bien commun tout court !