•28/01/2010
Colloque au Sénat sur le Moyen-Orient
Une politique européenne au Moyen-Orient est-elle possible ?
Jusqu’à présent et malgré une implication croissante, le poids de l’Europe dans le règlement des conflits et pour la stabilité régionale n’est demeuré que limité.
Pourtant l’Union dépense de plus en plus de ses moyens financiers dans la région.
Elle couvre l’essentiel des besoins financiers des instances palestiniennes (en 2007, l’aide communautaire aux territoires palestiniens s’est élevée à 561 millions € et en 2008 à 493 millions €.
Peut-elle passer d’un rôle de « global payer » à celui d’un « global player » ?
Il n’y a pas unanimité en son sein pour cela, mais quelques Etats membres décidés peuvent entraîner les autres et jouer un rôle actif et positif.
Voisine du Moyen-Orient, l’Europe doit définir ses intérêts de manière autonome et en tirer les conséquences dans l’élaboration, la conduite et l’accomplissement d’une politique qui devrait beaucoup différer du comportement suivi jusqu’à présent.
I - L’Union européenne, partie prenante au Moyen-Orient
La proximité géographique s’est renforcée du développement des échanges de toute nature (humains, économiques et financiers). Il en va de même en matière politique. L’Europe est la voisine immédiate du Moyen-Orient.
- 50% des approvisionnements pétroliers de l’Union viennent de la région.
- 27% des importations des pays de la zone viennent d’Europe.
- 35% des échanges commerciaux d’Israël se font avec l’Europe.
- 15% de leurs exportations sont destinées à l’Europe
- L’Iran est le 6ème fournisseur de produits énergétiques de l’U.E.
- Nos exportations vers le MO s’élèvent à 188 Ma $ et nos importations à 125 Ma $
- Par exemple, les Emirats sont le 8ème client de l’UE en 2008, à égalité avec l’Inde, devant le Brésil, le Canada et la Corée.
- L’Union et ses Etats membres sont les premiers donateurs à la Palestine (1 Ma €/an).
L’Union a été conduite à s’impliquer toujours davantage dans la situation au Moyen-Orient :
- Près de 6 000 soldats européens sont présents dans des opérations de maintien de la paix ou d’interposition. Deux opérations en Israël (EU Bam Rafah, EUPOL COPPS), une opération en Irak (Eujust lex)
- Des accords commerciaux, de partenariats ou d’association ont été signés par l’Union avec nombre d’Etats de la région. Croissance démographique des pays de la zone et immigration vers l’Europe.
- La question de l’Islam radical touche aussi l’Europe
- Les relations avec les pays de la région sont sujettes à la résolution des conflits.
- La question iranienne concerne la non-prolifération, la stabilité de la région et touche à la question religieuse (chiites-sunnites).
II – L’Union européenne face à elle-même :
L’absence d’une politique étrangère unique a affaibli l’Europe au Moyen-Orient
- Les divisions entre neutres, partisans, « commerçants », puissances régionales ou visions mondiales au sein de l’UE, n’ont pas aidé à élaborer une politique commune.
- L’alliance privilégiée avec l’Amérique, dont le rôle est considéré comme essentiel à la solution des conflits dans la région, n’a pas facilité une position européenne.
Le Soft-Power européen a longtemps fait office de politique de remplacement
- L’Union premier dispensateur de subsides et d’aide à la région
- Consensus pour l’aide aux populations, notamment palestiniennes : dans le cadre du programme Pegase, soutien auprès de 48 000 familles palestiniennes défavorisées (33 millions €)
- Absence de crédibilité militaire et de possibilité de donner des garanties réelles aux belligérants qui signeraient la paix.
L’union en quête d’influence au Moyen-Orient :
- Dans la question iranienne : missions Solana et triumvirat franco-germano-britannique, utile mais sans résultat jusqu’ici
- Des déclarations européennes de plus en plus nombreuses et de plus en plus critiques à l’égard d’Israël:
· 1980 : droit à l’autodétermination des Palestiniens
· 1999 : droit à un Etat
· Condamnations des attentats (2.7.2008)
· Condamnation de la colonisation (24.02.2009)
· Condamnation de l’opération à Gaza (4.01.2009)
- Diplomatie « des victimes », respect du droit international, opérations militaires, ont conduit l’Union à ne pas pouvoir peser par elle-même.
III – Perspectives :
Conflit israélo-palestinien :
- L’Europe souhaite être présente dans un règlement de la question israélo-palestinienne. Elle apporte des moyens financiers. Elle doit être politiquement et militairement crédible.
- Nécessité d’être crédible et respectée d’Israël. Exemple allemand.
- Est-elle prête à s’engager militairement ? Doutes. C’est pourtant indispensable à sa crédibilité.
Iran :
- L’accession de l’Iran à l’arme nucléaire est aussi un défi pour l’Union :
· Instabilité régionale et nouveau conflit potentiel
· Prolifération régionale
· Affaiblissement du Traité de non-prolifération, mais aussi des dissuasions française et britannique.
- Les efforts européens ont marqué une présence nouvelle dans les grandes questions stratégiques, mais ils doivent trouver une suite concrète (embargo, sanctions, présence dans la zone ?). La France a ouvert une base à Abu Dhabi.
- L’union ou certains de ses Etats membres peuvent-ils donner des garanties et à qui ?
Yémen :
- Le Soft Power européen peut-il y trouver un terrain d’expérimentation avec succès dans ce pays, l’un des plus pauvres de la planète?
· Important programme de l’instrument de stabilité pour favoriser le « State building ». Est-ce suffisant ?
· Questions migratoires : immigration somalienne vers le Yémen
· Liens avec la sécurité maritime dans la région et Atalante ?
· Prévention du terrorisme.
Conclusions :
Israël-Palestine : L’Union doit saisir les nouvelles orientations américaines pour :
- S’impliquer dans la résolution du conflit. Un groupe d’Etats-pionniers suffit en l’absence de consensus.
- Se donner les moyens de peser financièrement, économiquement, mais aussi politiquement, c’est-à-dire militairement
- Pour cela retrouver une crédibilité de puissance : ne pas être du seul côté de ceux qui souffrent mais aussi du côté de ceux qui veulent garantir leur droit à vivre en sécurité. Une réévaluation de la politique européenne est nécessaire.
Iran : L’Union doit mettre ses actes en accord avec sa posture stratégique et durcir sa position envers un Iran potentiellement nucléaire :
- Sanctions unilatérales ?
- Garanties données aux Etats de la région ?
- Pressions et suspensions des relations commerciales ?
Yémen : L’Union doit s’impliquer dans la construction d’un Etat quasi-défaillant et faire la preuve de son efficacité.
*
L’Union doit s’assumer en puissance globale
Au Moyen-Orient comme ailleurs, sa crédibilité d’acteur mondial est en cause.
Première zone de production de richesses du monde, premier investisseur sur les marchés extérieurs, premier marché de consommation du monde par le pouvoir d’achat, elle ne peut se résoudre à assister en observateur aux développements moyen-orientaux. L’unité de ses prises de position est nécessaire, mais est indispensable la révision de sa politique qui, visant l’équilibre, n’a atteint que l’impuissance et la dépense.