fr en de
portrait
Agenda

28 mai 2019

La Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale organise avec les étudiants du Master 2 ISI de l'ILERI une conférence à laquelle Jean-Dominique participera pour aborder la question "Un Fonds souverains européen, un outil stratégique pour une Europe forte face à la guerre économique?"

Les nécessaires progrès de l'Europe de la Défense

Intervention de M. Jean-Dominique Giuliani

Président

de la Fondation Robert Schuman




Séminaire : « les progrès nécessaires de l’Europe de la défense »

Ecole Militaire

Paris le 24 septembre 2009




En choisissant ce titre, nous avons voulu nous tourner résolument vers l’avenir avec confiance. Nous ne sommes pas de ceux qui sont déçus de ce qui a été fait en matière d’Europe de la Défense. Certes, les réalisations acquises sont insuffisantes, on peut et on doit mieux faire mais il faut rompre avec ce défaitisme européen qui privilégie les défauts d’une politique européenne naissante plutôt que le chemin parcouru.



En matière d’Europe de la Défense, celui-ci est en effet considérable : 23 opérations militaires extérieures de l’Union ont été menées à bien, dont 12 sont en cours. Elles concernent plusieurs continents les Balkans, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie. Les Européens ont pris l’habitude de répondre ensemble aux crises et aux défis sécuritaires. Ils savent le faire et ils le font. La coopération est devenue la règle.



Incontestablement, le monde du 21ème siècle a besoin de l’Europe pour sa sécurité internationale, parce qu’elle est la seule à développer une palette complète de moyens d’interventions adaptés, qui combinent le civil et le militaire :



•    Elle sait contribuer à la construction d’institutions nouvelles et à la bonne gouvernance des Etats, par ses missions de police, de maintien de la paix ou de reconstruction

•    Elle offre une assistance technique et financière à travers des outils diplomatiques et économiques qui permettent des médiations et des aides concrètes dans toutes les régions où celles-ci peuvent faire baisser les tensions ou gérer la suite des conflits.

•    Ses capacités de gestion de crise se sont grandement améliorées,

•    Elle est la seule à disposer de tous les instruments de stabilisation même si on peut parfois souhaiter qu’elle n’utilise pas seulement « la carotte » juridique et financière, mais aussi le « bâton » de la contrainte.

•    Elle est la première contributrice pour l’aide humanitaire dans le monde,



Ces instruments offrent une souplesse politique indispensable et ils se sont imposés sur le terrain dans nombre de situations comme en Afrique ou dans le Caucase où elle est la seule à pouvoir se déployer.



L’Europe de la Défense, qui est d’abord destinée aux interventions à l’extérieur du territoire de l’Union européenne, s’est peu à peu imposée dans le paysage international.



La concurrence avec l’OTAN est largement dépassée par la complémentarité des moyens mis en œuvre. Elle ne constitue plus un problème, comme l’a prouvé récemment l’opération Atalante au large de la Somalie. La réintégration par la France, du Comité Militaire de l’Otan, intervient donc au bon moment. L’Alliance doit se réformer et les Européens peuvent utilement influencer ses nouveaux concepts et son nouveau visage.

L’augmentation des demandes d’intervention de l’Union européenne a été supportée, gérée et ces demandes ont trouvé des réponses.

Personne n’aurait imaginé les résultats obtenus même si, souvent, l’intervention de l’Union européenne s’inscrit davantage dans le long terme que dans le court terme.

Les Etats membres eux-mêmes adaptent leurs moyens en permanence, au point qu’aujourd’hui ils sont capables de déployer 78 0000 soldats qui participent, à des titres divers, à des opérations extérieures dans le Monde.

Mais chacun sait qu’il faut encore aller plus loin.  





•    La politique européenne de sécurité et de défense concerne jusqu’ici exclusivement les interventions à l’extérieur des 27. La défense collective de l’Europe, à l’intérieur, est assurée principalement par l’OTAN. Est-ce une situation durable ? Nous avons pris l’habitude de régler les crises à l’extérieur mais nous sommes incapables de les régler à l’intérieur. A Chypre, deux Etats Membres de l’OTAN, dont l’un membre de l’Union européenne, l’autre candidat, ne parviennent pas à régler leurs différends et les troupes de l’un occupent une partie du territoire de l’autre. Est-il totalement déraisonnable de penser que les outils militaires et diplomatiques de l’Union européenne pourraient être utiles, là où l’ONU a échoué ? N’est-ce pas ainsi que, peu à peu, l’Union peut prendre en charge sa propre sécurité, qui exige d’ailleurs des efforts supplémentaires ?



•    Les Etats membres de l’Union européenne  consacrent 204 milliards d’euro par an pour leurs armées, c’est-à-dire la moitié de ce que dépensent les Etats-Unis. Le Député européen Alain Lamassoure qui préside aujourd’hui la Commission des budgets du Parlement européen propose d’adjoindre au budget européen le récapitulatif public des dépenses engagées par les Etats membres pour la défense commune. Ce premier pas aurait pour effet de mettre en évidence les efforts des uns et les carences des autres et de renforcer la dynamique d’efforts communs en faveur d’une revalorisation des budgets de défense.



•    Il faut que l’Union européenne accepte de définir ses intérêts. L’Europe a, en effet, des intérêts spécifiques qui ne recoupent pas toujours ceux de son principal allié américain. Il y a une différence entre la vision géopolitique globale que l’on peut avoir de loin et la conception de sa défense qu’on peut avoir de l’intérieur d’un ensemble politique comme l’Union européenne. Les conclusions qu’on en tire dans les relations avec la Russie, avec la Méditerranée, avec le Proche-Orient, avec l’Asie centrale en sont en effet parfois différentes. L’Union européenne doit assurer l’autonomie de sa réflexion de sa pensée stratégique. L’alliance avec les Etats-Unis n’impose pas la domination de concepts forgés ailleurs. La première traduction d’une prise de conscience de cette nature pourrait se trouver dans l’élaboration d’un dialogue militaire Union européenne - Etats-Unis qui ne passerait pas seulement par la voie de l’OTAN et qui pourrait porter sur des questions « hors champs ».



•    Les industries de défense sont au cœur de nos économies, par leurs capacités de recherche et leur caractère de plus en plus dual, civil et militaire. Elles jouent un rôle essentiel dans la croissance économique et le développement technologique. Peu à peu, le droit communautaire s’intéresse au secteur. Mais en matière d’industries de défense, il faut d’abord penser en termes de souveraineté technologique de l’Europe. Un grand marché européen des équipements de défense, cela se bâtit, cela se protège, cela s’entretient. Dans le monde pour les industries de défense il y a seulement deux moyens de bâtir un marché local : d’une part la protection, d’autre part le financement public. C’est ce que font tous les grands Etats du monde. En Europe, on n’aime pas le protectionnisme. Pour autant, l’ouverture du marché européen de la défense doit se faire dans le respect des intérêts technologiques de l’Europe et certainement pas avec les seuls outils des règles actuelles du marché intérieur ou de la concurrence. Il faut donc trouver les moyens de privilégier les industriels qui développent des coopérations européennes, meilleure voie vers la création d’un vrai marché européen.

Le financement de la recherche de défense exige de renforcer les moyens de l’Agence européenne de défense, mais aussi de garantir à des financements pérennes pour les investissements technologiques les plus risqués. Par ailleurs, l’organisation effective d’un marché européen des équipements de défense impose l’adhésion des industriels. Ils doivent donc y avoir intérêt et il faut construire les mécanismes d’incitation financière et réglementaire à collaborer. C’est le meilleur moyen de préserver la maîtrise de technologies dont toute l’économie européenne a besoin. La perte de ces technologies serait, en effet, difficilement rattrapable et aurait des conséquences sur l’ensemble de l’économie.

L’ouverture n’est ainsi pas le premier moyen à privilégier pour bâtir la base industrielle et technologique de défense. Ces limites ont été rappelées par nos partenaires américains lorsqu’ils  ont refusé  la compétition en vue de doter l’armée de l’air américaine d’avions ravitailleurs, qui avait été gagné à la loyale par EADS.



*



Les nécessités vont pousser les Etats membres à coopérer davantage dans le domaine de la défense. Et l’Union européenne va être de plus en plus sollicitée à l’extérieur. Mais elle ne doit pas négliger son premier devoir, qui est d’aider à garantir sa propre sécurité.

Elle doit renforcer ses capacités et ses procédures de prises de décision en la matière.

Le Traité de Lisbonne pourrait constituer un saut qualitatif important avec la « coopération structurée permanente ».

Mais il ne saurait nous affranchir d’une réflexion et d’actions politiques plus volontaires en ce qui concerne la définition, la défense et la promotion de nos intérêts européens de par le monde. Ce volontarisme doit aussi s’exprimer en faveur d’une industrie des équipements de défense, dont la compétitivité n’est pas contestée, qu’il convient de financer et de protéger pour disposer des outils de l’autonomie stratégique, dans un dialogue renouvelée au sein d’une Alliance atlantique rééquilibrée.

L’Union européenne a réussi à se hisser aux tout premiers rangs mondiaux en matière économique. Elle entre dans une phase décisive de son achèvement politique. Après l’Euro, c’est sa défense qui constituera ou non la prochaine avancée réussie de l’intégration européenne. Elle nécessite, plus que jamais, une vision, de l’imagination et un courage à la hauteur de cet enjeu capital.



•    Elle est la première contributrice pour l’aide humanitaire dans le monde,



Ces instruments offrent une souplesse politique indispensable et ils se sont imposés sur le terrain dans nombre de situations comme en Afrique ou dans le Caucase où elle est la seule à pouvoir se déployer.



L’Europe de la Défense, qui est d’abord destinée aux interventions à l’extérieur du territoire de l’Union européenne, s’est peu à peu imposée dans le paysage international.



La concurrence avec l’OTAN est largement dépassée par la complémentarité des moyens mis en œuvre. Elle ne constitue plus un problème, comme l’a prouvé récemment l’opération Atalante au large de la Somalie. La réintégration par la France, du Comité Militaire de l’Otan, intervient donc au bon moment. L’Alliance doit se réformer et les Européens peuvent utilement influencer ses nouveaux concepts et son nouveau visage.

L’augmentation des demandes d’intervention de l’Union européenne a été supportée, gérée et ces demandes ont trouvé des réponses.

Personne n’aurait imaginé les résultats obtenus même si, souvent, l’intervention de l’Union européenne s’inscrit davantage dans le long terme que dans le court terme.

Les Etats membres eux-mêmes adaptent leurs moyens en permanence, au point qu’aujourd’hui ils sont capables de déployer 78 0000 soldats qui participent, à des titres divers, à des opérations extérieures dans le Monde.

Mais chacun sait qu’il faut encore aller plus loin. 





•    La politique européenne de sécurité et de défense concerne jusqu’ici exclusivement les interventions à l’extérieur des 27. La défense collective de l’Europe, à l’intérieur, est assurée principalement par l’OTAN. Est-ce une situation durable ? Nous avons pris l’habitude de régler les crises à l’extérieur mais nous sommes incapables de les régler à l’intérieur. A Chypre, deux Etats Membres de l’OTAN, dont l’un membre de l’Union européenne, l’autre candidat, ne parviennent pas à régler leurs différends et les troupes de l’un occupent une partie du territoire de l’autre. Est-il totalement déraisonnable de penser que les outils militaires et diplomatiques de l’Union européenne pourraient être utiles, là où l’ONU a échoué ? N’est-ce pas ainsi que, peu à peu, l’Union peut prendre en charge sa propre sécurité, qui exige d’ailleurs des efforts supplémentaires ?



•    Les Etats membres de l’Union européenne  consacrent 204 milliards d’euro par an pour leurs armées, c’est-à-dire la moitié de ce que dépensent les Etats-Unis. Le Député européen Alain Lamassoure qui préside aujourd’hui la Commission des budgets du Parlement européen propose d’adjoindre au budget européen le récapitulatif public des dépenses engagées par les Etats membres pour la défense commune. Ce premier pas aurait pour effet de mettre en évidence les efforts des uns et les carences des autres et de renforcer la dynamique d’efforts communs en faveur d’une revalorisation des budgets de défense.



•    Il faut que l’Union européenne accepte de définir ses intérêts. L’Europe a, en effet, des intérêts spécifiques qui ne recoupent pas toujours ceux de son principal allié américain. Il y a une différence entre la vision géopolitique globale que l’on peut avoir de loin et la conception de sa défense qu’on peut avoir de l’intérieur d’un ensemble politique comme l’Union européenne. Les conclusions qu’on en tire dans les relations avec la Russie, avec la Méditerranée, avec le Proche-Orient, avec l’Asie centrale en sont en effet parfois différentes. L’Union européenne doit assurer l’autonomie de sa réflexion de sa pensée stratégique. L’alliance avec les Etats-Unis n’impose pas la domination de concepts forgés ailleurs. La première traduction d’une prise de conscience de cette nature pourrait se trouver dans l’élaboration d’un dialogue militaire Union européenne - Etats-Unis qui ne passerait pas seulement par la voie de l’OTAN et qui pourrait porter sur des questions « hors champs ».



•    Les industries de défense sont au cœur de nos économies, par leurs capacités de recherche et leur caractère de plus en plus dual, civil et militaire. Elles jouent un rôle essentiel dans la croissance économique et le développement technologique. Peu à peu, le droit communautaire s’intéresse au secteur. Mais en matière d’industries de défense, il faut d’abord penser en termes de souveraineté technologique de l’Europe. Un grand marché européen des équipements de défense, cela se bâtit, cela se protège, cela s’entretient. Dans le monde pour les industries de défense il y a seulement deux moyens de bâtir un marché local : d’une part la protection, d’autre part le financement public. C’est ce que font tous les grands Etats du monde. En Europe, on n’aime pas le protectionnisme. Pour autant, l’ouverture du marché européen de la défense doit se faire dans le respect des intérêts technologiques de l’Europe et certainement pas avec les seuls outils des règles actuelles du marché intérieur ou de la concurrence. Il faut donc trouver les moyens de privilégier les industriels qui développent des coopérations européennes, meilleure voie vers la création d’un vrai marché européen.

Le financement de la recherche de défense exige de renforcer les moyens de l’Agence européenne de défense, mais aussi de garantir à des financements pérennes pour les investissements technologiques les plus risqués. Par ailleurs, l’organisation effective d’un marché européen des équipements de défense impose l’adhésion des industriels. Ils doivent donc y avoir intérêt et il faut construire les mécanismes d’incitation financière et réglementaire à collaborer. C’est le meilleur moyen de préserver la maîtrise de technologies dont toute l’économie européenne a besoin. La perte de ces technologies serait, en effet, difficilement rattrapable et aurait des conséquences sur l’ensemble de l’économie.

L’ouverture n’est ainsi pas le premier moyen à privilégier pour bâtir la base industrielle et technologique de défense. Ces limites ont été rappelées par nos partenaires américains lorsqu’ils  ont refusé  la compétition en vue de doter l’armée de l’air américaine d’avions ravitailleurs, qui avait été gagné à la loyale par EADS.



*



Les nécessités vont pousser les Etats membres à coopérer davantage dans le domaine de la défense. Et l’Union européenne va être de plus en plus sollicitée à l’extérieur. Mais elle ne doit pas négliger son premier devoir, qui est d’aider à garantir sa propre sécurité.

Elle doit renforcer ses capacités et ses procédures de prises de décision en la matière.

Le Traité de Lisbonne pourrait constituer un saut qualitatif important avec la « coopération structurée permanente ».

Mais il ne saurait nous affranchir d’une réflexion et d’actions politiques plus volontaires en ce qui concerne la définition, la défense et la promotion de nos intérêts européens de par le monde. Ce volontarisme doit aussi s’exprimer en faveur d’une industrie des équipements de défense, dont la compétitivité n’est pas contestée, qu’il convient de financer et de protéger pour disposer des outils de l’autonomie stratégique, dans un dialogue renouvelée au sein d’une Alliance atlantique rééquilibrée.

L’Union européenne a réussi à se hisser aux tout premiers rangs mondiaux en matière économique. Elle entre dans une phase décisive de son achèvement politique. Après l’Euro, c’est sa défense qui constituera ou non la prochaine avancée réussie de l’intégration européenne. Elle nécessite, plus que jamais, une vision, de l’imagination et un courage à la hauteur de cet enjeu capital.