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Partir, revenir dans l’Otan, autres choix, mêmes raisons

Article paru dans le Figaro, le 28 février 2009

Le 7 mars 1966, par une simple lettre, le Général de Gaulle informait le président des Etats-Unis de sa décision de quitter l’organisation militaire intégrée de l’OTAN. « [La France…] croit devoir, pour son compte, modifier la forme de l’alliance, sans en altérer le fond », expliquait-il ensuite aux Français.

 

Les raisons de cette décision présidentielle étaient claires. La France refusait que l’alliance militaire se transforme peu à peu en une organisation politique qui aurait porté atteinte à notre indépendance et au plein exercice de notre souveraineté. Etait visé le changement de doctrine nucléaire américaine, donnant aux commandants sur le terrain la capacité de déclencher un conflit planétaire sans décision politique indépendante des puissances concernées[1]. Elle considérait, par ailleurs, qu’il fallait réformer l’OTAN qui interdisait une vision et une organisation européennes de la Défense.

 

Pour autant, elle ne rompait pas cette alliance stratégique et elle n’a jamais failli à la solidarité atlantique, ajoutant sa propre contribution à la Guerre froide. Sa force de frappe nucléaire n’a jamais été pointée ailleurs que sur des cibles soviétiques et le protocole signé le 22 août 1966, maintenait nos forces en Allemagne « sous contrôle opérationnel de l’OTAN, pour une mission et un temps donnés, en cas d’agression extérieure ».

 

Faute de défense européenne, l’OTAN s’est élargie, a contribué à la stabilité du continent et, de facto, créé des standards qui constituent un début d’identité européenne de sécurité entre les différentes forces armées de l’Europe. Indispensable pour faire cesser les guerres de Balkans, elle est devenue un instrument politique.

 

C’est pourquoi la France s’est associée de plus en plus à ses opérations sur le terrain, réintégrant en 1995 son Conseil des ministres et son Comité militaire, tout en lançant, avec les Britanniques, une politique européenne de défense. Celle-ci existe, au point d’avoir déjà conduit, de son fait, 12 opérations militaires sur des théâtres extérieurs. En avril 2008, à Bucarest, la France et l’Allemagne se sont opposées à l’élargissement de l’Alliance, qui ne leur paraissait pas conforme à une bonne et stable organisation de la sécurité en Europe.

 

Aujourd’hui la réintégration dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN répond exactement aux mêmes motifs qui ont conduit la France à s’en éloigner.

 

L’OTAN doit rester un outil militaire et aucun de nos principaux alliés européens ne souhaite qu’elle se transforme en organisation politique qui accréditerait l’idée d’un Occident replié sur lui-même. La présence de la France au sein de tous ses organes, qui décident à l’unanimité, conforte cette conviction à l’intérieur même de l’Alliance où elle n’est pas isolée.

 

L’OTAN doit garder un objet géographiquement limité à l’Atlantique Nord. Si nous ne voulons pas être entrainés malgré nous dans des conflits qui ne sont pas les nôtres, il faut être dans l’Alliance. L’élection de Barack Obama permet d’espérer une politique militaire plus raisonnable parce qu’il partage davantage la vision européenne multilatérale d’un monde organisé dans lequel le seul recours à la force ne suffit pas à garantir la paix.

 

L’OTAN doit s’adapter aux nouvelles menaces terroristes, numériques, criminelles et ne plus se contenter d’additionner des bataillons d’armes lourdes. La multipolarité comme la crise économique lui impose de s’inscrire dans le siècle nouveau.

 

Enfin l’Europe de la Défense n’est plus contestée et George W. Bush lui-même l’a officiellement reconnue au sommet de Bucarest en avril 2008. Le rôle de la France est ici déterminant. Longtemps isolée en Europe, sa nouvelle posture la remet dans le jeu avec une légitimité inégalée sur le théâtre principal de ses intérêts prioritaires qui sont en Europe. Elle y est attendue et souhaitée, parce qu’elle porte avec ses alliés européens une vision pacifique et intelligente de l’usage de la force. L’accompagnement politique, les investissements civils et l’aide au développement, sont aussi des armes efficaces. On combat aussi les idées fausses avec des vraies valeurs.

 

En ce domaine, le rôle de l’Union européenne et de la France est reconnu. Vis-à-vis de l’OTAN, en 2009 les mêmes objectifs qu’en 1966 conduisent à des conclusions exactement inverses. Si nous voulons conforter notre indépendance, si nous voulons promouvoir notre vision du monde, il est aujourd’hui plus que logique de participer l’organisation militaire intégrée de l’OTAN.







[1] A la doctrine des « représailles massives », les USA préféraient la doctrine de la « riposte graduée », permettant d’utiliser des armes nucléaires tactiques à l’initiative des commandants sur le terrain.