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06 décembre 2022

Le 6 décembre 2022, la Rencontre des entrepreneurs de France 2022 est organisée par le MEDEF sur le sujet de la crise énergique et ses nombreuses conséquences en France et en Europe. Jean-Dominique Giuliani sera un des intervenants lors d'une table ronde consacrée au thème "L'Europe en basse tension : comment retrouver du tonus ?"

Ukraine-Europe : Destins liés

[Cet éditorial est également disponible en ukrainien.]

Les Européens ont-ils vraiment conscience de ce qui se joue en Ukraine ?

Ceux qui ont subi le totalitarisme soviétique le savent d’instinct : La Russie a toujours cherché à agrandir son territoire, pourtant le plus étendu parmi les nations. Elle cherche dans l’expansion l’occultation de ses misères internes.

Ayant aggravé ces dysfonctionnements intérieurs par le détournement de ses richesses, Poutine a besoin, plus que d’autres encore, de succès nationalistes et expansionnistes. En l’absence de projet politique sérieux il se tourne vers l’extérieur, pourtant peu agressif, et prend en otage toute la vie internationale en ramenant dans l’actualité du continent la guerre et ses horreurs, la torture, les viols, les vols. L’Europe est la première interpellée.

Ceux qui ont eu le bonheur, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, de tomber « du bon côté » du Rideau de fer, grâce à Churchill et Roosevelt, se sentent plus éloignés des terres noires ukrainiennes. C’est ainsi le cas des « grands pays » de l’Ouest européen, Allemagne, France, Italie. Certains en leur sein vont même jusqu’à estimer que « ce n’est pas leur guerre ».

Cela explique en partie la posture prudente et défensive adoptée par l’Europe. Il est vrai qu’elle est calquée sur celle des Américains qui, dès le début du conflit, ont prévenu qu’ils n’interviendraient pas. Mais ils ne sont pas les voisins de l’Ukraine, l’Europe oui.

Il est vrai aussi que les Européens ne se sont pas dotés des moyens militaires qui leur auraient permis – seuls et indépendants – de prévenir l’agression russe. Que ceux qui s’y sont opposés si farouchement dans le passé fassent leur acte de contrition !


Mais, plus grave encore, ce comportement résulte d’une erreur d’analyse :

Est-il tenable de pas vouloir « être en guerre avec la Russie de Poutine » qui déclare l’être avec « l’Occident collectif » ?

Est-il durable de n’être que sur la défensive au point de vouloir – comme le suggère l’OTAN – ne se doter que d’un bouclier anti-missile ?

Est-il honorable de préférer la « guerre par procuration » au prix de tant et tant de malheurs et de destructions, mais « pas à la maison » ?

Est-il raisonnable de passer tant de temps à anticiper l’aboutissement du conflit actuel en imaginant se placer un jour en conciliateur avec celui qui a violé toutes les règles ? Winston Churchill avait répondu à cette question : « Un conciliateur c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé ».

S’ils ne veulent pas, à la fin, être « mangés », les Européens n’ont pas le droit de s’avachir. La guerre leur a été déclarée. Ils sont en guerre. A ne pas vouloir le reconnaître et agir en conséquence, ils perdront et leur indépendance et leur honneur.

N’ayons pas de doute, le sort de l’Ukraine est le nôtre. Dans cette guerre, il est judicieux d’être modérés pour deux ; mais face à ce qui est véritablement une barbarie qui conteste notre mode de vie et de pensée, notre démocratie et nos libertés, l’Europe doit se défendre avec plus de vigueur et plus collectivement encore. Elle n’échappera pas à ce défi ni à ce conflit. Plus elle tarde et plus cela lui sera difficile.

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