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Nos libertés commencent à Hong Kong

 Le 4 juillet 1997, Hong Kong redevenait chinoise.

J’ai eu le privilège de représenter la France lors de cet événement. René Monory, Président du Sénat, dirigeait notre délégation qui comprenait en outre Alain Peyrefitte.

Le symbole de ce « handover » ne nous échappa pas. Une Chine martiale, qui avait délégué ses troupes d’élite pour bien marquer le pas de l’oie, prenait possession de ce petit territoire, devenu britannique par des « traités inégaux ».

En fait, l’île de Hong Kong et la presqu’île toute proche de Kowloon étaient britanniques pour l’éternité. C’étaient les nouveaux territoires qui avaient été concédés pour 99 ans et qui devaient être restitués ; mais ils étaient difficilement séparables du reste tant était dense le tissu urbain. Il n’empêche, Margaret Thatcher, qui avait signé l’acte de rétrocession en 1984, ne put s’empêcher de « regretter de rendre tout cela aux communistes ».

Elle n’avait pas tort. Il était clair que les Chinois ne tiendraient pas la parole pourtant érigée au rang d’un traité déposé au secrétariat général de l’ONU et ne préserveraient pas 50 ans le statut de Hong Kong.


Le Parti communiste chinois avait beau être devenu un champion du capitalisme, il ne pourrait jamais tolérer son libéralisme politique et, tout simplement, la liberté d’expression.

Pendant quatre jours d’une pluie battante, nous pûmes mesurer alors l’ampleur du malentendu qui se nouait.

Chris Patten, le gouverneur britannique, nous expliqua ses efforts pour laisser les germes d’une démocratie sur le territoire où il avait organisé bien tardivement, au grand dam des Chinois, les premières élections libres.

Le Prince Charles, dont la maîtrise fut admirable sous les trombes d’eau ayant nécessité qu’on plastifie les pages de son discours de « rétrocession », ne s’y trompa pas non plus. Pour lui, il s’agissait d’une cérémonie supplémentaire de décolonisation. Il en était le spécialiste. Depuis les années 60, il avait toujours représenté le Royaume lors des multiples accessions à l’indépendance des anciennes possessions britanniques. Dieu sait s’il avait vu l’Union Jack affalé ! Et dire que certains l’envient !


Les Britanniques ont toujours mal quitté les territoires de leur ancien immense empire. Ils sont partis d’un coup, sans tendresse, avec regret mais brutalement. Ils ont abandonné les Hongkongais à eux-mêmes car en fait les banques les intéressaient davantage que le défi lancé au Parti communiste chinois.


Aujourd’hui ce sont les jeunes qui manifestent. Leur conception de la liberté est la nôtre : libertés économique et politique sont indissociables. Elles vont de pair comme l’air et l’eau dans la nature pour prendre une image asiatique. Pour la dictature chinoise, le défi est vital. Peut-être son existence dépend-elle de la manière dont elle va sortir de cette crise ?

La victoire du régime de Pékin sur les démocrates du territoire signifierait le plus grand péril pour nos libertés. Angela Merkel ne s’y est pas trompée qui a plaidé en Chine pour les jeunes manifestants et a critiqué l’orwellien système de notation sociale que le régime chinois déploie dans son pays, avant de l’étendre à l’Asie et…au-delà. La confrontation qui s’annonce avec l’empire du milieu portera d’abord sur les valeurs universelles de liberté et de démocratie qu’il refuse.


Quiconque connaît la région sait bien qu’Hong Kong n’est pas seulement un rocher occupé quelques années par une puissance occidentale. C’est un îlot de liberté dans un océan autocratique. Sa survie pourrait constituer le point de départ d’un retour de la liberté sur le continent. Sinon Shenzhen, toute proche, dispose désormais des mêmes gratte-ciels et l’opulence y est encore plus criante. Mais il lui manque quelque chose, l’essentiel !

L’Occident et l’Europe seraient bien inspirés de soutenir ceux qui défendent leur idée de la Liberté. Avant qu’il ne soit trop tard.


 

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