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Agenda

03 octobre 2019

Jean-Dominique Giuliani est l'invité du petit-déjeuner - débat du Club entreprises / Cadres et dirigeants de la Fondation Sainte-Geneviève le jeudi 3 octobre 2019. Les sujets qui seront abordés lors du débat sont les défis auxquels l'Union européenne doit faire face actuellement - le Brexit, renouvellement des institutions européennes, les populismes en Europe, etc.

La mer, nouvelle frontière de l’Europe

Face au regain de tension sur les mers, l’Europe doit se réveiller

Les tensions se sont encore accrues sur les mers : A l'entrée du Golfe persique, des pétroliers ont été attaqués ; en mer de Chine, une puissance montante entend s'accaparer les rivages de ses voisins ; la Turquie lorgne sur le gaz des eaux chypriotes, des migrants meurent en Méditerranée et le combat contre la piraterie continue, notamment dans le golfe de Guinée. 

Partout sur la planète, la mer est devenue le lieu de prédilection d'agissements illégaux révélant la stratégie d'Etats à la recherche de conquêtes faciles. On y pratique les échecs ou mieux encore le jeu de go, celui dont le vainqueur a su le mieux occuper l'espace.

L'Europe, géographiquement le plus petit espace continental du monde, est aussi le plus riche, le plus dépendant de son commerce et de son ouverture. Elle a inventé la globalisation, découvert les continents, nommé les caps et les océans. Sa fortune fut avant tout maritime, de Venise à nos jours. 

Elle doit redécouvrir sa vocation maritime, qui concerne tous les grands enjeux du moment. Protéger notre environnement c'est ne pas faire des océans, qui recouvrent deux tiers de la planète, ce que nous avons fait de la terre. Or la course aux ressources sous-marines est lancée, qui devra être maîtrisée. 

Maintenir des relations pacifiques entre Etats exigera de gérer les espaces maritimes sur un mode multilatéral, avec des traités, des accords des règles. Garantir la sécurité des routes commerciales nécessitera d'agir partout où la liberté de navigation peut être menacée, nos intérêts pris en otage et nos Etats sujets au chantage. Pour cela, il faut disposer de moyens conséquents qui, seuls, permettent de dissuader. La sécurité des espaces maritimes impose aussi d'y assurer une réelle présence.

Or, à l'exception de la France et du Royaume-Uni, les moyens navals européens sont bien minces. Eux seuls permettent pourtant de connaître, de manière indépendante, ce qui se passe sur les mers, d'en tirer les conséquences et d'agir librement pour défendre nos intérêts. Le groupe aéronaval français, accompagné de bateaux danois, portugais et britannique est la seule présence européenne crédible dans la présente crise dans le golfe. 

Près de la moitié de leur pétrole importé emprunte le détroit d'Ormuz et les Européens doivent être capables de s'informer par eux-mêmes avant d'être entraînés dans un éventuel conflit. Ils doivent être en mesure d'agir si les routes maritimes devaient être menacées, comme ce fut le cas pendant la guerre Iran-Irak. Il en va de même en mer de Chine du Sud où passe l'essentiel du commerce européen avec l'Asie.

L'Europe est riveraine du monde. Elle doit se lancer sur les mers, mutualiser ses moyens, soutenir ceux qui y sont déjà déployés, pour défendre et promouvoir ses intérêts, pour conquérir son autonomie et garantir son indépendance.
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