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22 septembre 2021

Jean-Dominique Giuliani est invité par le Cercle de Paris à donner une conférence suite à laquelle il dédicacera son livre " La Grande bascule ".

Noël avec l'euro

En dépit des Cassandre, des prévisions apocalyptiques et des expertises les plus péremptoires, nous fêtons Noël 2011 avec l'euro! 

Ce sera aussi le cas en 2012 et au cours des années qui suivront. Il est donc temps de profiter de cette trève pour porter un jugement de long terme sur l'Europe et son économie, plus crédible que sa mise en cause à l'occasion de ce qu'il est convenu d'appeler "la crise de la dette publique".

On doit désormais réaliser que les dettes publiques seront remboursées car l'Europe en a les moyens; elle commence à en avoir la gouvernance. La multiplication des négociations, réunions et sommets a pu en faire douter; elle a néanmoins conduit à des décisions impensables il y a peu. L'Europe se dote du gouvernement économique qui lui manquait, même s'il ne
ressemble à aucun autre.

On aurait pu préférer un saut fédéral immédiat; l'histoire, la démocratie et les calendriers politiques ont aussi leurs logiques qui obligent à tenir compte des réalités...

Mais nul ne doit douter qu'il y aura un jour un ministre des Finances européen, un budget commun décuplé et une Banque centrale libérée. L'Union européenne en a pris le chemin. Pour quelle politique?

L'économie européenne n'est pas celle de la planche à billets qui, dans le long terme, conduit inéluctablement à l'échec. Elle n'est pas non plus celle du vieux keynésianisme dépensier qui soutient la croissance uniquement par les finances publiques et la consommation intérieure. Les eurobond et l'endettement de la Banque centrale  seraient
aujourd'hui une erreur pour une Europe dont la richesse accumulée - la première du monde - repose sur une économie solide, des technologies de pointe, des entreprises parmi les plus performantes, une population formée, des services publics qui fonctionnent et une qualité de vie inégalée.

La richesse de l'Europe ce sont des siècles de savoir-faire et de développements techniques: plus de 90% des inventions qui font désormais le quotidien du genre humain, de l'automobile à l'hélicoptère jusqu'à l'Internet, la
découverte des virus ou la fécondation in vitro. C'est la concentration de près de la moitié du commerce mondial, une production basée sur l'innovation au service d'une économie sociale de marché moderne. Les coûts sociaux y sont certainement plus élevés qu'ailleurs, mais ils sont plébiscités par les peuples; et c'est essentiel parce que tous les peuples réclament, un jour ou l'autre, de partager les fruits de la richesse. L'Europe est la région du monde où les inégalités se sont le moins creusées, y compris dans la crise; c'est le continent de la stabilité, un atout inestimable pour les années à venir. Dans la compétition mondiale qui fait rage, elle a ainsi plus de chances que d'autres.

Certes, elle doit s'adapter rapidement et accepter de s'intégrer davantage. Et ce travail est entamé. Il va conduire à une gestion plus rigoureuse des finances publiques - mais elle affiche les déficits publics les moins importants
des pays riches- , une réduction indispensable de la dette - mais elle est la moins endettée des pays développés - de nouveaux efforts de productivité - ils sont nécessaires et à sa portée. Enfin une nouvelle croissance. 

L'Europe en a les moyens en ce qui concerne ses relations avec le reste du monde: l'Union est le premier exportateur mondial et le premier dispensateur de l'aide au développement avec 65% du total. Pour peu qu'en interne, elle mobilise mieux ses importantes ressources - 340 milliards de fonds structurels -  qu'elle achève l'unification du grand marché européen - le premier du monde -, qu'elle améliore sa gestion commune, trop technique et parfois trop procédurière, qu'elle privilégie les technologies d'avenir et qu'elle se concentre sur l'essentiel, elle dispose de gisements de croissance durable bien plus solides dans la durée que le simple rattrapage des pays émergents.

Il lui reste à surmonter un obstacle: y croire.

Comment demander aux marchés financiers de juger l'Europe avec plus de sérieux si nous n'y croyons pas nous-mêmes? Or un peu de recul, voire de simple bon sens et la mise en perspective des décisions prises récemment par les Européens, plaident tous en faveur des formidables capacités européennes.

Rien ne justifie le déclinisme qui a envahi les esprits. Tout doit motiver un regain d'espoir et surtout le devoir de croire que le formidable chemin déjà parcouru par l'Europe fonde l'optimisme légitime de ses citoyens pour
l'avenir.

Joyeux Noël!

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