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22 septembre 2021

Jean-Dominique Giuliani est invité par le Cercle de Paris à donner une conférence suite à laquelle il dédicacera son livre " La Grande bascule ".

L'Euro, l'Europe et les marchés

La construction européenne est d'abord un choix politique. Elle est complexe, inachevée et son unification progresse lentement.

Les marchés financiers, qui traduisent la confiance des investisseurs, ne la comprennent pas toujours.

Les Européens sont eux-mêmes saisis d'une crise de doute face aux mutations rapides du monde.


Pourtant l'Union européenne demeure le choix de raison le plus intelligent pour donner à l'Europe la taille politique continentale qui s'impose au XXIème siècle. Que les marchés, avec leurs outrances, refusent l'intrusion dans le paysage financier de cet objet international non identifié est, finalement, assez normal compte tenu de leurs critères de jugement un peu courts et parfois discutables. Mais que les Européens eux-mêmes s'interrogent, ce n'est plus de l'euroscepticisme, c'est de l'euroflagellation! Tous auraient garde d'oublier que les règles, les institutions et les outils - l'Euro notamment - dont l'Union s'est dotée, sont irréversibles. Il n'y aura pas de retour en arrière, tout simplement parce que ce serait contraire à l'intérêt de chacun des Etats membres. D'ailleurs l'Estonie rejoindra l'Euro au 1er janvier, devenant son 17ème membre, parce que c'est son intérêt.

On peut alors en déduire trois exigences qui sont autant d'appels lancés aux responsables de la situation actuelle:

L'un au Conseil européen, pour hâter les décisions, faire preuve de plus de clarté, de courage, d'audace et de vision. La France et l'Allemagne ont clairement défini la voie: "l'Euro, c'est l'Europe. Nous défendons l'Euro parce que nous défendons l'Europe". Ce n'est donc pas le moment de troubler les débats avec d'autres propositions. Nous avons les moyens de faire face à la crise actuelle pour peu que nous corrigions nos erreurs de gestion, que nous réduisons nos dettes et que nous décidions ensemble de nos politiques économiques et budgétaires. Avant de mutualiser les dettes, ce qui viendra, mutualisons nos forces économiques, c'est-à-dire coordonnons vraiment nos politiques économiques, nos budgets et notre fiscalité! Organisons cette fédération économique qui ferait taire tous les sceptiques.


L'autre aux Européens, commentateurs, experts et spécialistes de tous poils: Cessons de propager nous-mêmes le doute sur ces biens précieux que représentent l'Euro et l'Union européenne. Tout le monde sait qu'ils sont inachevés, qu'ils doivent être améliorés, qu'il s'agit d'un lent processus qui doit respecter le temps de l'homme, forcément long, compte tenu de nos histoires. Mais n'oublions pas ce qu'ils nous ont apporté et nous apporteront encore de stabilité, de richesse, d'emplois et de protection. Il suffit de comparer l'Europe avec les grands ensembles politiques du monde pour mesurer la richesse de notre modèle économique et social, certes défié par une compétition nouvelle, mais pourtant toujours aussi attrayant et qui a les moyens de demeurer au premier plan. Défendons-le.


Le troisième pour les marchés: Si vous doutez de la volonté politique des dirigeants européens de défendre l'Euro et l'Europe, vous perdrez beaucoup d'argent. Car le projet européen reste fondamentalement un choix politique structurant, incontournable et irrémédiable. Rien ne sert de lui faire la guerre, de le tester en permanence, de laisser entendre, comme certaine agence notation qu'il vaut mieux investir à Trinidad et Tobago plutôt qu'en Espagne! C'est évidemment faux parce qu'au moment des choix déterminants, lorsque l'essentiel est en jeu, en Europe, c'est toujours la politique à long terme qui l'emporte, même sur la logique financière du moment. C'est déjà ce qui s'est produit avec la Grèce et l'Irlande, qui ont bénéficié du soutien européen. Et, si nécessaire, de nouvelles démonstrations de la solidarité européenne seront données. Les doutes et les hésitations, parfois légitimes, s'effaceront devant la nécessité, comme toujours.

L'Europe aurait pu s'épargner la crise de confiance actuelle en s'intégrant plus vite. Elle va désormais le faire sous la pression. Ce sera la meilleure réponse à tous ceux qui  doutent d'elle.

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