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Agenda

03 octobre 2019

Jean-Dominique Giuliani est l'invité du petit-déjeuner - débat du Club entreprises / Cadres et dirigeants de la Fondation Sainte-Geneviève le jeudi 3 octobre 2019. Les sujets qui seront abordés lors du débat sont les défis auxquels l'Union européenne doit faire face actuellement - le Brexit, renouvellement des institutions européennes, les populismes en Europe, etc.

La Chine, l'Europe et le prix Nobel

La Chine est en train de découvrir que la puissance ne se résume pas à un taux de croissance.

Le Premier ministre Wen Jiabao, participant au sommet Europe-Asie, a refusé, non sans arrogance, toute discussion sur le cours forcé du Yuan, véritable artifice qui gonfle de près de 40% la compétitivité de son pays et ses performances économiques, qui déstabilise gravement le commerce international et cache donc bien les fragilités de l'extraordinaire développement de l'Empire du milieu.

Il avait commencé son périple par Athènes, pour y faire quelques emplettes et profiter des faiblesses actuelles de la Grèce, puis il l'a poursuivi par la Turquie pour exploiter la volonté locale de regarder ailleurs, vraisemblablement vers une nouvelle route de la soie aux reflets encore plus mercantiles.

Au même moment le prix Nobel de la Paix était décerné, malgré de vaines pressions de son gouvernement, à l'un des dissidents chinois les plus emblématiques parce que modéré et exemplaire. Depuis le printemps de Tienanmen, en 1989, Liu Xiaobo n'a pas faibli dans sa revendication de voir enfin progresser en Chine la liberté d'expression, le respect des Droits de l'Homme et l'état de droit. 

A voir les réactions chinoises, on comprend que cette demande insistante ébranle à elle seule l'actuel modèle de développement de la Chine, un peu trop magnifié par les commentateurs désormais tombés du côté des sino-béats.

Pourtant la question est légitime: la première puissance du monde peut-elle s'abstraire des règles élémentaires de la Démocratie et du respect de la personne, comme voudraient le faire croire les adeptes d'un nouveau confuciusianisme appelé en renfort pour justifier le maintien d'un système politique totalitaire proche de l'époque soviétique?

A cette question les peuples répondent plus facilement que les gouvernements.

A Istanbul les manifestants affichaient "Ne croyez pas aux mensonges de la Chine". Déjà en Afrique les paysans s'émeuvent de ces nouveaux colonisateurs en invoquant les souvenirs de l'escalavage. On se souvient que le passage de la flamme olympique en France et au Royaume-Uni avait provoqué une colère populaire spontanée et imprévue.

Lorsqu'on comprendra que sans le soutien de la Chine, le régime insoutenable de la Corée du Nord s'effondrerait en quelques jours alors qu'elle accepte qu'une 3ème génération de Kim dictacteurs poursuive ses basses oeuvres, on peut s'attendre à de violentes réactions. De même que son soutien au Soudan choque de plus en plus les consciences et permet la poursuite des massacres et que celui qu'elle accorde à l'Iran est fort dangereux pour la paix mondiale.

Et oui, M. Wen, pour les peuples, il n'y a pas de développement économique durable sans liberté et de richesse réelle sans respect des droits de la personne!  Il n'y a pas de respect sur la scène internationale pour qui ne prend pas en compte les intérêts communs.

L'Europe, cette fois-ci, pourrait bien se servir de l'une de ses armes les plus puissantes, celle que forment ses peuples attachés à la liberté, à un modèle universel qui respecte les droits de l'Homme et pour lequel ils sont prêts à se battre. Et elle ne sera pas seule quels que soient les intérêts économiques en cause. La demande des gouvernements européens et américain de relacher Liu Xiaobo a peut-être une chance d'être exaucée. De même que leur souhait de voir enfin ce pays progresser vers un véritable état de droit. Ce serait une bonne nouvelle. Mais l'attitude actuelle de la Chine pose des questions essentielles qui pourraient renforcer les positions européennes et au-delà celle de l'ensemble transatlantique, qui concentre toujours plus de la moitié de la richesse mondiale et qui milite en faveur d'une vraie régulation internationale. Nous devons mettre fin à la guerre monétaire. Nous devons renforcer et respecter les organismes multilatéraux qui sont autant d'amortisseurs aux chocs des puissances, nous devons oeuvrer pour la promotion des libertés, condition du développement humain. Non pas pour notre seul intérêt, mais pour le bien de l'humanité.

C'est le sens de ce prix Nobel et des réactions européennes à cette distinction. Et nul ne peut impunément s'affranchir durablement de ces obligations. La Chine doit adopter une attitude plus digne d'une grande puissance et plus conforme à l'intérêt commun.

Sinon, on peut prédire à la planète des moments difficiles, des affrontements farouches et un jour violents, puisqu'il s'agit de l'avenir du genre humain. Nul ne le souhaite. Mais, malgré son caractère inachevé, l'Europe a démontré qu'elle sera au premier rang et ne se trompera pas de camp.

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