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05 juillet 2017

Jean-Dominique Giuliani est invité par l'IHEDN de Bruxelles à apporter son témoignage lors d'un séminaire "La défense et la sécurité, moyen de relance du projet eurpéen" ?

Dépenses de défense, de nouvelles perspectives européennes?

La Commission européenne a rendu publique le 7 mai une série de propositions pour améliorer les capacités militaires de l’Europe.

Le budget européen pourrait financer quelques dépenses de recherche-développement d’équipements de sécurité et abonder partiellement un fonds destiné aux Etats collaborant dans l’acquisition de certains matériels. C’est une véritable nouveauté qu’on doit à Jean-Claude Juncker, son président et à Federica Mogherini sa « ministre des Affaires étrangères », mais aussi, et peut-être surtout à Donald Trump, Theresa May et aux terroristes! L’Europe prend enfin conscience de sa nécessaire autonomie stratégique, qu’on espère être un premier pas vers une réelle indépendance.

La Commission est dans son rôle en proposant « d’apporter son aide » pour remédier à la principale difficulté des armées européennes: leur sous-financement. Partout dans le monde, les Etats, seuls clients de l’industrie de défense, ont accru leurs dépenses de sécurité. Il appartient désormais aux Européens de  combler leur retard financier en la matière. Par exemple, la France, qui à ce jour dispose de l’armée la plus complète et la plus capable, présente sur plusieurs théâtres extérieurs, devrait consacrer 2 milliards € de plus par an pour tenir le rythme de ses engagements qui profitent d’ailleurs à toute l’Europe.

Saisir l’opportunité ainsi ouverte demandera beaucoup de réalisme et de finesse. Il faudra vraisemblablement changer de méthode et faire preuve d’imagination pour ne pas confondre les objectifs et les moyens: le but c’est d’assurer la défense de l’Europe, dans les alliances mais de la manière la plus efficace possible. L’appellation « défense européenne » renvoie quant à elle plus aux moyens qu’aux fins et doit être maniée avec précaution.

On n’intégrera pas les armées européennes comme les marchés agricoles et les Etats voudront garder leur liberté d’action, garantie ultime de la sécurité qu’ils doivent à leur citoyens. Mais leur coopération, déjà effective sur le terrain, peut s’étendre à nombre de secteurs industriels qui déterminent la crédibilité de leur outil militaire. Les ouvertures de la Commission européenne le facilitent pour peu qu’elles ne soient pas noyées dans des procédures compliquées ou détournées vers des institutions nouvelles.

L’Agence européenne de défense peut en être le réceptacle privilégié. L’engagement des Etats membres à augmenter leurs dépenses en sera le vrai critère. En reconnaissant la spécificité des fournitures d’équipements militaires, en acceptant, même timidement, de sortir de la comptabilité des déficits publics les investissements réalisés en commun, en protégeant le marché européen des équipements militaires, les institutions européennes semblent avoir pris un virage important, qui reste à démontrer dans les faits. Et, comme souvent, cela renvoie à la volonté politique des Etats membres. On devra aussi évoquer la coopération opérationnelle, seule véritable preuve que les Européens veulent peser leur poids sur la scène internationale en montrant qu’ils sont déterminés à intervenir partout où leurs intérêts et leurs valeurs sont en cause. Et là, il y a encore beaucoup à faire.
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