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2024 : Une Europe enfin stratégique ?

Le défi de la défense de l’avant

[Cet édito est également disponible en ukrainien.]

Que faudra-t-il donc pour que les dirigeants européens se réveillent à l’aube d’une année qui pourrait bien sceller pour longtemps le destin du continent ?

Leur soutien mesuré à l’Ukraine montre qu’ils n’ont pas pris la mesure de la guerre que Poutine leur a déclarée. Lorsqu’on se penchera plus tard sur l’attitude occidentale, outre les révélations sur la cinquième colonne prorusse omniprésente en Europe, on jugera leur frilosité quasi-criminelle.

Combien de milliers de morts faudra-t-il encore avant de décider vraiment à faire échec à l’agression russe et la dissuader définitivement de poursuivre son expansionnisme révisionniste, qui met en péril l’Europe entière ?

L’Europe n’a pas à avoir peur de l’éclatement programmé de la Russie qui s’accompagnerait vraisemblablement de sa seule rédemption possible : la chute des tchékistes qui y ont confisqué le pouvoir.

De plus en plus autocratique mais aussi de plus en plus pauvre, l’agitation interne la gagne. La Bachkirie, le Tatarstan, la Bouriatie, et nombre des 89 « sujets » de la Fédération de Russie s’éloignent de Moscou car ils n’en peuvent plus de nourrir les phantasmes et les besoins en chair à canon des criminels aux affaires. Le pays s’appauvrit ; la population souffre de privatisations ; la répression est devenue quasi-stalinienne. La fin est proche. Il n’y a pas à la redouter. Il ne sert à rien de tenter de la ralentir de l’extérieur. La fin de l’Union soviétique a été surmontée. L’achèvement du processus le sera aussi.

La résilience, la prudence et la patience des Européens sont certes des atouts face à ce cataclysme qui s’annonce, mais elles ne suffiront pas, ici comme ailleurs.

Comment expliquer, en effet, que les menaces sur le trafic maritime en mer Rouge n’aient pas suscité la réaction immédiate et forte des premiers concernés que sont les Européens. L’Union européenne se veut la protectrice du principe de liberté de navigation. Mais elle arme aussi la plus grande flotte commerciale du monde, avec 70% des capacités mondiales de transport de marchandises (et 60% des porte-conteneurs) grâce notamment à ses 4 transporteurs présents dans la liste des 5 plus grands mondiaux (MSC, Maersk, CMA-CGM, Hapag-Lloyd).

A quoi servent les 400 navires de guerre européens ? L’Union n’est-elle pas capable de sécuriser le transit dans le détroit de Bab-el-Mandeb ? Pourquoi se défausse-t-elle, une fois encore, sur les Etats-Unis ? Ses prétentions géostratégiques vont-elles sombrer dans la mer Rouge ? Et qu’en sera-t-il si par malheur, un jour, les détroits d’Asie sont à leur tour bloqués par les actions militaires de la Chine ?

L’Europe se veut « géostratégique » : C’est l’heure !

Les Européens ne peuvent plus longtemps laisser les civils ukrainiens périr sous les missiles russes et le conflit traîner par peur d’une escalade qui ne viendra pas.

On ne peut laisser l’Iran et ses faire-valoir prendre en otage le commerce mondial, nourrir chez nous l’inflation et l’insécurité, assécher les ressources du canal de Suez, sous peine de voir d’autres détroits, Ormuz, Malacca, soumis au même chantage.

L’Europe doit assumer des responsabilités mondiales pour éviter la contagion de l’exemple russe, qui a libéré la violence partout sur la planète et désinhibé les voyous là où ils espèrent exploiter des ressentiments jusqu’ici contenus.

Seules, la détermination, la menace de la force et la fermeté, peuvent désormais garantir la paix européenne.

Les Européens doivent se montrer décidés à faire la guerre à ceux qui déclarent publiquement être leurs ennemis pour justement avoir des chances de l’éviter. Car leur faiblesse serait l’assurance d’un conflit inévitable. Il leur faut enterrer définitivement le temps des empires auquel seule la Russie croit encore. Ils doivent être prêts à faire la guerre pour ne pas avoir à la faire.

Désormais, comme hélas souvent dans notre histoire, seule l’éventualité du recours à la force peut garantir la paix.

C’est à une véritable révolution qu’il faut appeler l’Europe, qui reste notre meilleur atout pour la paix à condition qu’elle se réveille.

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