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28 mai 2019

La Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale organise avec les étudiants du Master 2 ISI de l'ILERI une conférence à laquelle Jean-Dominique participera pour aborder la question "Un Fonds souverains européen, un outil stratégique pour une Europe forte face à la guerre économique?"

Europe, c'est l'heure de la politique!

Article publié dans "La Tribune", 4 juillet 2008

Au lieu d'interroger les peuples sur des traités forcément compliqués, présentons-leur des programmes et les personnalités qui les incarnent. Donnons-leur la parole sur de vrais projets, plaide Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman.



L'Union européenne saura-t-elle devenir une Union politique? Elle semble avoir trop vite réussi sur le plan économique et n'avoir pas pris la mesure de son poids et de sa puissance. Les peuples européens sont largement favorables à l'intégration du continent, mais ils critiquent et interrogent le fonctionnement et les politiques d'institutions sous-dimensionnées au mandat restreint. 



Ils n'ont jamais l'occasion de parler d'Europe en termes politiques, au moment d'un scrutin, lorsqu'il faut choisir des programmes et des personnalités. Ils n'ont que la possibilité de le faire dans des scrutins organisés au niveau national.



Aussi ne faut-il pas s'étonner des "incidents référendaires". Si nous continuons ainsi, il y en aura d'autres! Avec le premier PIB du monde, l'Union européenne dispose d'une monnaie stable et forte, qui s'est imposée en dix ans comme la seconde devise mondiale. Le niveau de vie des Européens demeure hétérogène, mais onze Etats membres peuvent s'enorgueillir de figurer dans la liste des vingt revenus par habitant les plus élevés de la planète.



La première obligation de l'Union européenne est donc de se doter d'un véritable gouvernement qui conduise la politique économique, légifère et réglemente sous le contrôle d'un Parlement démocratique, négocie les accords internationaux, parle d'une seule voix dans les enceintes internationales, dispose de la force. 



Au contraire, les Etats membres comptent les moyens financiers mis à la disposition des institutions communes (un budget d'à peine 129 milliards d'euros), contestent leurs compétences et ne veulent certainement pas leur confier la force armée. Au nom des identités nationales. Or, personne ne convaincra que l'identité d'un pays résulte du siège qu'il occupe au Fonds monétaire international! L'identité, c'est bien plus que tout cela.



Et, pour la défendre, il faut s'unir. L'Union est de plus sollicitée et les candidats à l'adhésion comme à l'immigration se pressent à ses frontières. Elle est réellement interpellée par le monde à l'occasion des événements qui s'y déroulent. Un tsunami? L'Union doit intervenir. Des troubles en Afrique? Elle est la seule puissance extérieure tolérée sur le continent! C'est ainsi que les armées des Etats membres de l'Union sont présentes, à des titres divers, sur 33 théâtres extérieurs.



L'Europe est attendue, demandée, espérée. Comment se fait-il, par exemple, que la puissante et riche Europe pèse si peu dans la recherche de solutions à la crise financière actuelle? Si les interventions de la Banque centrale européenne ont été déterminantes au cours des mois écoulés, on cherche encore un "plan européen" pour stabiliser les marchés et surmonter la crise. 



Nos gouvernements ont été incapables de prendre une décision commune, comme ils ne veulent pas harmoniser plus vite leurs politiques économiques. L'avenir de l'Union européenne est donc suspendu à une relance politique qui ne saurait être timide.


Nous avons besoin de leadership et les dirigeants européens doivent en faire preuve. Ils doivent proposer publiquement de poursuivre le processus d'intégration et marquer cette détermination par quelques claires décisions.



Par exemple sur la sécurité, la défense et la politique économique. Mais aussi par de nouveaux transferts de responsabilités au niveau européen pour le rendre plus efficace. Car rien ne serait pire et plus vain que le retour vers le national devant la montée des inquiétudes. Si certains veulent rester sur le bord de la route, libres à eux! Mais il faut le dire clairement. Avis aux Irlandais et à ceux qui veulent les suivre.



Nous devons, de surcroît, donner aux Européens l'occasion de s'exprimer sur les enjeux fondamentaux dans des scrutins paneuropéens qui ne manqueraient pas de ravaler nos petites querelles à des questions plus essentielles. Les élections européennes devraient être cette occasion. Au lieu d'interroger les peuples sur des traités forcément compliqués, présentons-leur des programmes et les personnalités qui les incarnent. Donnons-leur la parole sur de vrais projets. 



L'Union européenne est à la croisée des chemins. Ou des actes majeurs et courageux lui permettront de franchir "le seuil du politique", ou elle végétera, puis régressera. Reviendrait alors, plus vite qu'on ne le croit, le temps des divisions et des conflits qui nous ont coûté si cher dans le passé.